Le groupe de fest-Noz Parisien sort son album tout bientôt, préparez-vous!
Le harpiste suédois Erik Ask-Upmark nous reçoit à son hôtel lors du festival de harpe de Dinan. Il nous parle de son instrument, de son parcours musical mais également de l’aventure « Nordic Tradition » un label de musique traditionnelle suédoise dont il est à l’origine. Il interprète à la fin de cet entretien un air de Dalécarlie.
Article posté par Hervé Dréan
« Mon » tourne hors des sentiers battus. Il m’a surpris : la musique traditionnelle suédoise, c’étaient ces ensembles de violons avec leurs arrangements caractéristiques à la tierce. Or, rien de tout cela dans cet album dédié à la flûte, aux flûtes devrais-je écrire. Je reviendrai plus bas sur ces instruments pastoraux et leur histoire qui est à mon sens une composante essentielle du charme de cet enregistrement.
« Mon » est rempli de couleurs, comme l’est la forêt suédoise en été dont les verts changent à l’infini. Loin des musiques tape-à-l’oreille, il est une musique impressionniste : l’auditeur est convié tout au long de l’écoute à savourer la finesse, la subtilité des changements de tons.
Göran Månsson n’est pas un nouveau venu dans les musiques suédoises. C’est lui le flûtiste-bassiste de Gjallahorn, une des références dans les musiques scandinaves actuelles. Göran s’est intéressé de près aux flûtes à bec traditionnelles des provinces du Jämtland et du Härjesdalen, sauvées pratiquement in extremis grâce aux travaux du luthier Gunnar Stenmark qui développa plusieurs modèles dont certains avec des gammes anciennes non tempérées. Hélas, si l’instrument était sauvé, la tradition de jeu, elle, s’était perdue : il n’existe à ce jour qu’un seul enregistrement ancien d’un joueur issu de la tradition. L’ambition de Göran va donc être de réinventer un jeu, des techniques, qui permettront de donner une nouvelle vie et une audience élargie à cette petite flûte ancestrale. Tout ce travail patient trouve un aboutissement dans « Mon ».
Göran utilise ici plusieurs flûtes : outre les traditionnelles suédoises, une flûte à bec alto et une « très grande basse » de section carrée conçue par le luthier allemand Joachim Paetzold, ainsi qu’une flûte traversière baroque. Un titre (plage 4) est joué sur une autre flûte à bec traditionnelle norvégienne injustement méconnue : la sjøfløyte, la « flûte de la mer » fabriquée par Bodil Diesen.
Avec tous ces instruments, la maîtrise du souffle est au centre du propos me semble-t-il et Göran sait en user pour revisiter entièrement la palette sonore de ses flûtes, rendre au plus près leur grain, leurs harmoniques, quitte à en percuter les mélodies.
Vous allez découvrir ici 15 titres : 11 traditionnels et 4 compositions de Göran dont le très beau « PL 1523 » (plage 7). Il y aura tout ce qui constitue la charpente du répertoire suédois : les polskas et les marches (dont beaucoup viennent de la région de Haverö aux limites du Västernorrlands et du Jämtland, berceau de la famille de Göran) mais pas que… Tous ces titres ont en tout cas une personnalité bien à eux et c’est là qu’intervient la grande expérience des musiciens qui entrent au service des flûtes. Roger Tallroth, guitariste et joueur de bouzouki talentueux de Väsen (précipitez-vous les yeux fermés : Väsen est aussi au catalogue d’Albumtrad !), arrive à faire basculer les ambiances, à trouver encore et toujours de quoi surprendre finement l’oreille de l’auditeur attentif. Le même esprit guide Johan Granström à la contrebasse et Petter Berndalen aux percussions.
Vous l’aurez compris, cet enregistrement ne se bouffe pas, il se déguste. L’auditeur qui y goûte doit prendre son temps. Il me reste à souhaiter que « Mon » devienne pour les flûtistes suédois ce que l’album de Jean-Michel Veillon, « E Koad Nizan » est aujourd’hui pour les flûtistes bretons : une référence millésimée.
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“Mon” is a recording way off the beaten track. It took me by surprise : Swedish traditional music was groups of violins with their characteristic arrangements in thirds. None of that in this album which is dedicated to the whistle, or more accurately, to whistles. I’ll have more to say further on about these pastoral instruments and their history which in my opinion is an essential element of the charm of this album.
“Mon” is full of different colours, the colours of the Swedish forest in summer with its infinite palette of greens. The music is impressionist, a far cry from mainstream hits : the listener is invited to savour the finesse of the playing, the subtlety of the changes in mood.
Göran Månsson is not a new-comer to traditional Swedish music. He is the bass recorder player in Gjallahorn, one of today’s leading groups of Scandinavian music. Göran has taken a great interest in the traditional wooden whistles of the provinces of Jämtland and Härjesdalen which were rescued in extremis by the instrument maker Gunnar Stenmark who developed several models, some of which used early, non-tempered scales. The instruments themselves have thus been saved, but the playing tradition has alas been lost: only one recording exists of a traditional whistle player. Göran’s aim was therefore to reinvent a playing technique which would breathe new life and bring a wider audience to this little ancestral pipa. All this patient research has been led to a fine conclusion in “Mon”.
Göran plays several different instruments here: as well as the traditional Swedish wooden whistles, he also uses a treble recorder, a square-sectioned sub-contra bass, made by the German maker Joachim Paetzoldn, and a Baroque flute. One tune (track 4) is played on a little-known traditional Norwegian whistle, the sjøfløyte, or “sea flute”, made by Bodil Diesen.
Mastering the different breathing techniques for all these instruments is for me the most important element and Göran uses this skill to great effect, allowing him to express a vast range of sound with all of them, bringing out the finest differences in tone and harmonics, and adding percussive effects to some of the tunes.
Of the 15 tracks on the album, 11 are traditional and 4 are compositions by Göran, including the wonderful “PL 1523” (track 7). The roots of Swedish traditional music are well-represented : polskas and marches (of which several are from Göran’s home region of Haverö, on the border between the Västernorrlands and the Jämtland). But there is more… Each of the tracks has a distinctive personality and it is here that the greatly experienced accompanying musiciens come into their own. Roger Tallroth is the guitar and bouzouki player in Väsen (you can buy Väsen’s Cds without a second thought: they are also in the catalogue of Albumtrad!). His arrangements draw the tunes into different atmospheres, treasures of imagination which will delight the careful listener. The playing of Johan Granström on the double bass and Petter Berndalen on percussion are equally subtle.
You will understand from all this that the album cannot be consumed indiscriminately; it must be savoured. The listener must take time to fully appreciate it. In conclusion, I hope that for Swedish whistle players “Mon” will become the equivalent of what Jean-Michel Veillon’s album “E Koad Nizan” is to Breton flute players: the definitive reference.
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